Au fil des images

Les Géants d’eau

Les Géants d’eau

Il y a des séries qui se construisent lentement, une image après l'autre. Celle-ci est arrivée autrement. L'inspiration m'est venue d'une manière inhabituelle, là où je ne l'attendais pas vraiment. Je ne raconterai pas tout ici. Je crois seulement qu'il n'y a pas de hasard.
 
Depuis longtemps, je ne regarde plus les lacs de la même manière que tout le monde. Je les appelle les Géants d'eau.
Ils sont partout. Au creux des montagnes, sur les plateaux, au bord des plaines. On passe devant, on ralentit un peu, on repart. Eux restent et nous observent. Calmes, immobiles en apparence, ils hébergent la Vie dans leurs profondeurs et tout autour d'eux. Un Géant d'eau ne se contente pas d’exister pour lui, il fait être ce qui l'entoure. C'est cette présence que j'ai voulu montrer.
La première image ne vient pas des Vosges. Elle vient des Pyrénées orientales, d'une randonnée d'il y a quelques années. La vue s'est ouverte d'un coup sur l'horizon et les montagnes, et là, en contrebas, ce petit lac lové à flanc de montagne. Je suis resté un moment à l'admirer, en me disant que j’avais beaucoup de chance de voir de tels paysages, comme à chaque fois, j'avoue.
Les autres arrivent d'ailleurs, et pas à la même saison. Il y en a un caché sous la neige, qui joue à cache-cache. Un autre en contrebas d'une prairie fleurie, avec une vache tranquille au premier plan et les montagnes au loin. Sur celui-là, je n'ai rien à ajouter mis à part  le mot “sérénité”. Ailleurs, la lumière rend visible le frisson de l'air à la surface de l'eau, et la montagne semble respirer, soupirer vers un ciel de nuages bien vivant. Je ne sais pas pour toi, mais cette image me fait frissonner aussi.
 
Et puis il y a leurs profondeurs...
C'est ça aussi, un Géant d'eau. Un être qui garde ses secrets bien à l’abri des regards indiscrets, dans ses eaux sombres et mystérieuses. Combien de millénaires a-t-il vus défiler ? Je n'ai pas la réponse exacte. J'aime bien ne pas l'avoir.
Une de mes images préférées de la série a été prise au lever du soleil, quand il venait à peine de passer au-dessus de la montagne. La brume glissait à la surface de l'eau et laissait deviner le dessin des jambes du soleil. Le reflet, d'une symétrie parfaite. Tout était à sa place. Tellement à sa place que je me suis demandé si ce n'était pas moi qui étais en trop, si je ne venais pas troubler la quiétude et la beauté de cet instant. Je n’ai pas osé demander au Géant ce qu’il en pensait…
 
Je partage cette série à un moment où la Terre souffre. Je ne vais pas faire la leçon, ce n'est pas ma manière. Mais je crois qu'un lac regardé longuement suffit à rappeler que ce monde Vivant est précieux, et qu'il faut en prendre soin. J'aime le redire comme je sais le faire, en montrant des images où l'on peut s'évader un moment. L’évasion fait partie de ce qui ne se rattrape pas et qui nous appartient pleinement : le temps.  Qu’il serait dramatique de ne plus pouvoir nous évader et nous émerveiller devant cette Nature. Alors accordons-lui ce que nous avons de plus précieux : notre temps. Pour la protéger, pour la respecter. 
 
Les Géants d'eau sont là depuis bien avant nous. Ils resteront sans doute bien après. Nous, nous ne faisons que passer…
Si l'un de ces instants te parle, certaines de ces images existent en tirage d'art numéroté, tiré à trente exemplaires seulement. Tu peux les retrouver sur le site, cliquant juste en dessous.
Envie de prolonger un peu ?

Les Carnets de brumes

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