Au rythme des brumes et de la lumière
Il y a des matins où on ne sait pas exactement ce qu’on est venu chercher en forêt. On a juste compris qu’il fallait y aller.
Ce matin-là dans les Vosges, je voulais retrouver la respiration d’une forêt mystique. Je connais le coin, j’y vais souvent. Une forêt de sapins, à flanc de montagne, là où la mousse couvre tout et où la brume monte facilement à cette saison. Je savais que j’allais y trouver quelque chose. Je ne savais pas encore quoi, mais j’en étais certain.
La marche a commencé par le silence. Pas un silence vide, plutôt cette sorte de bruit feutré qu’on trouve seulement dans les sous-bois très denses, où les sons s’écrasent dans la mousse avant d’arriver à l’oreille. Les sapins étaient serrés, presque noirs au bas des troncs. Et puis la brume a commencé à monter. Elle naissait entre les arbres, glissait à hauteur de genou, montait par moments jusqu’aux cimes. La forêt respirait. Je crois que c’est ce que je venais voir.
J’ai pris mes premières images là. Des troncs et de la brume. Des fougères accrochées à la roche, vues de dessous, qui semblaient tendues vers la clarté qui perçait au plafond. Et puis ce détail au bout d’une branche, juste après une averse. Une goutte d’eau dans laquelle un arc-en-ciel minuscule était venu se loger. Cinq secondes de soleil, pas plus. Le temps de se poser, de respirer, d’appuyer.
Plus loin, je suis monté jusqu’à un point de vue que je connais bien. Un rocher des Vosges qui porte encore des cupules, des petites cavités creusées il y a très longtemps, déjà remarquées par les peuples celtes pour vénérer le soleil. On s’assoit là, on regarde la vallée, et on se dit que d’autres avant nous se sont assis exactement à cet endroit pour la même raison. Et le temps s’arrête, juste ici.
Les bourgeons de sapin sont venus plus tard, en redescendant. Ces jeunes pousses qui sortent en cette saison ont une couleur étonnante. Ni vert franc, ni vraiment dorée, quelque chose entre les deux quand la lumière passe au travers. On les voit rarement quand on marche vite. Il faut s’arrêter, se baisser, attendre que le soleil tourne.
Et puis je suis rentré. Le soleil était venu se poser sur un coquelicot devant chez moi. Un coquelicot avec son bouton encore replié juste à côté, deux étapes de la même fleur sur le même pied. Je n’avais pas prévu cette photo. Elle m’attendait au bout de la balade, comme une dernière ligne pour clore le récit du matin.
Cette série, je l’ai appelée « Au rythme des brumes et de la lumière ». C’est ce qui résume le mieux cette marche pour moi. Une journée où je n’ai rien décidé, où chaque image est venue à son moment. La brume d’abord, lente et profonde. La clarté ensuite, par fragments. Et le coquelicot pour conclure, presque comme un clin d’œil au seuil de la maison.
Sept photographies composent la série, plus trois images inédites visibles uniquement dans cet article. Chacune peut être tirée en édition limitée. Si l’une de ces images vous parle, vous pouvez me contacter pour l’avoir chez vous.
