Il y a une période que j'aime particulièrement dans l'année. Celle où l'hiver n'a pas encore capitulé, mais où le printemps se montre impatient. La Nature est en suspens. Elle attend.
 
C'est dans cet entre-deux que j'ai marché pour construire cette série.
Pas avec un itinéraire précis. Plutôt avec l'intention de ralentir. De regarder ce qui se passe là, sous les pieds, sur les troncs, dans l'air froid du matin. La forêt vosgienne ne livre pas ses détails à ceux qui passent vite. Il faut s'arrêter. Se baisser. Laisser les yeux s'habituer à l'échelle du Petit.
La première chose qui m'a arrêté, c'est une goutte d'eau.
Elle était accrochée à la mousse d'un tronc, suspendue, précise, prête à tomber depuis peut-être des heures. On ne regarde jamais les gouttes d'eau. Pourtant, celle-là m'a appris quelque chose : le beau est fragile, et c'est pour ça qu'il compte. L'eau en elle-même semble simple. Mais tellement précieuse.
 

Plus loin, les nivéoles avaient commencé à remplacer le blanc de la neige par le blanc de leurs fleurs. Le cycle recommençait, doucement, sans aucune intervention humaine...
Ces fleurs-là ne demandent pas une permission.
Elles arrivent, discrètes, déterminées, et elles signalent que quelque chose change.
Un ciel encore couvert de nuages lumineux, des sapins encore saupoudrés de neige.
Mais sous leurs pieds, la vie reprend.

L'eau, justement, avait gorgé les cascades. Elle se faufilait partout, créant de nouveaux chemins, de nouveaux filets entre les pierres. Elle ne cherche pas la voie la plus belle. Elle cherche la voie possible. Il y a quelque chose de profondément rassurant (et d'inspirant) là-dedans.

Et la brume, toujours cette brume des Vosges.
Le soleil filtrait à travers les branches ce matin-là, timide, comme s'il devait justifier sa place, sa présence. La lumière et la brume cohabitent, créent ensemble quelque chose d'indicible.

Cette série s'appelle XXVI_008_ Contempler la simplicité. Ce n'est pas un hasard. Nous, les humains, avons tendance à chercher les grands espaces pour nous sentir vivants. Mais le beau est aussi dans les détails que nous ne regardons plus, comme par exemple une feuille d'automne accrochée à sa branche après tout l'hiver, qui a tout traversé et qui tient encore.
Apprendre à contempler, c'est apprendre à aimer et à préserver, j'en suis persuadé.
Ce qui est fragile mérite qu'on le regarde vraiment.
 

Série photographiée dans les forêts des Vosges, entre fin d'hiver et premiers signes du printemps. Tirages numérotés disponibles sur demande.
 
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A propos de Emmanuel

Auteur photographe. Vosgien, 100% pure souche de sapin.

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