Il y a des semaines où le printemps et l'hiver refusent de se quitter.

C'était le cas la semaine passée. Le soleil s'est levé sur les fleurs du magnolia, ses rayons posés tout doucement sur les pétales et les feuilles naissantes, une lumière fine du petit matin qui ne brutalise rien. J'ai attendu ce moment. J'étais déjà là avant que le soleil ne se lève pour ne rien rater. Déclencher au bon moment, quand la teinte était exactement celle que je cherchais : douce, rosée, suspendue au-dessus des fleurs.

Puis quelques dizaines d'heures après, la neige est revenue.

Les jours suivants, des gouttes d'eau jouaient encore dans le flou jaune des jonquilles. Le froid était là, sur les mains, la neige, le gel, mais les fleurs tenaient. Cette image (des gouttes entre deux averses de neige, sur un fond de jonquilles) je n'aurais pas pu la planifier. Elle s'est présentée, entre deux averses de neige, dans un paysage composé à la fois du printemps et de l'hiver. 

C'est souvent ainsi que ça se passe. La lumière ne prévient pas. Le printemps vosgien non plus, et encore moins l'hiver qui décide de venir nous rendre une nouvelle visite. Il fallait quand même s'y attendre : il neige toujours sur les jonquilles (tout du moins il neigeait toujours sur les jonquilles durant les vrais hivers, ceux d'avant...) 

Dans cette série, j'ai voulu montrer cette douceur particulière, celle qui hésite encore, qui coexiste avec les restes de l'hiver sans complexer. Le sakura avec ses pétales d'un rose pâle que les rayons du matin viennent caresser. Le cœur du magnolia, complexe et généreux, que l'on n'aperçoit qu'en s'approchant vraiment. Et puis cette lumière filtrée, presque rosée, qui transforme l'air lui-même quand elle passe à travers les pétales.

Les fleurs de magnolia ont quelque chose d'unique : elles sont aussi belles qu'éphémères. En quelques jours, parfois quelques heures selon le vent, la pluie, le gel, elles disparaissent. Photographier le printemps, c'est toujours photographier quelque chose qui part. Une floraison, un matin précis, une lumière qui ne reviendra jamais exactement pareille.

Travailler à la lumière du soleil levant impose un rythme lent. Se lever avant que la ville ne s'éveille, marcher dans l'air encore frais, attendre que la lumière soit juste. Il n'y a pas de précipitation possible, et aucun retard ni aucune erreur pardonnés. La photographie contemplative et le printemps ont ça en commun : ils demandent de prendre le temps, et d'être là au bon moment

« XXVI_013_ La lumière joue avec le printemps » est une série sur la douceur. Sur ces instants suspendus entre deux saisons, où la nature oscille, hésite, et finalement choisit la vie. Les couleurs qui se réveillent sous les premiers rayons. L'eau qui perle sur les jonquilles après la neige. L'air qui se teinte de rose quand la lumière filtre à travers les fleurs.

 

Ces images peuvent exister en tirage numéroté pour ceux qui souhaitent accueillir un fragment de ce printemps chez eux, il suffit de demander. 

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A propos de Emmanuel

Auteur photographe. Vosgien, 100% pure souche de sapin.

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