Il y a des séries qui s'imposent d'elles-mêmes.

Celle-ci est l'une d'elles. Depuis quelques années, j'observe avril dans les Vosges avec une attention particulière. Ce n'est pas le mois le plus évident : il hésite, avance, recule, surprend. Mais c'est peut-être pour ça qu'il me captive quand même alors que j'ai déjà hâte du prochain hiver. 

Ces images ne viennent pas toutes du même matin, ni du même sentier. Elles ont été réunies au fil du temps, comme les pages d'un almanach personnel, d'un journal de ce que la nature vosgienne offre, année après année, au fil de ce mois de renouveau.

Il y a d'abord les jonquilles. Elles poussent là où on ne les attend pas toujours, à flanc de montagne, dans les herbes encore humides de la nuit. Je les ai photographiées alors que le soleil se levait derrière les crêtes, transformant les pentes en tableau de lumière dorée. Ce matin-là, depuis les sommets des Vosges, la vallée dormait encore dans la fraîcheur. En haut, le printemps était déjà là.

Il y a aussi l'anémone pulsatille, cette fleur discrète que l'on croise parfois sur les hauteurs, si délicate qu'on hésite presque à la regarder trop longtemps. Sa silhouette, ses courbes éclairées par la lumière rasante du matin, ont quelque chose qui m'arrête à chaque fois. C'est une fleur qui résiste, qui revient, qui appartient aux Vosges. Par pitié, si vous la croisez, admirez la mais ne la cueillez pas elle est rare et protégée. 

Et puis les arbres. Ce rose tendre, presque irréel, qui envahit les branches depuis le début du printemps. Cette nuance particulière qui n'existe que quelques jours et que j'essaie de ne jamais manquer. Dans les sous-bois, les brimbelliers ont commencé leur retour. Ce vert printemps lumineux qui perce entre les sapins sombres pendant que la brume glisse encore au sol. La forêt vosgienne respire, recommence. C'est l'un de mes sujets de prédilection en photographie de nature : ce moment précis où la forêt change de tenue.

Et parfois, la lumière choisit un coin particulier. Un arbre à flanc de montagne. Des feuilles vert printemps qui ressortent sur la roche sombre...

Cette série s'appelle XXVI_014_ "Ca se passe en avril" — et c'est exactement ça. Il se passe quelque chose, dans les Vosges, en avril. Quelque chose de vivant, d'essentiel.

Je pense souvent à cette phrase attribuée à Confucius, philosophe chinois qui nous a quittés en avril de l'an -479 : "Quand on ne sait pas ce qu'est la vie, comment pourrait-on savoir ce qu'est la mort ?"

Cette question résonne étrangement bien au printemps dans les Vosges.
Parce qu'avril, ici, répond doucement, image après image. La photographie de nature, pour moi, c'est aussi ça : apprendre à regarder ce que la vie fait quand on lui laisse la place.

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A propos de Emmanuel

Auteur photographe. Vosgien, 100% pure souche de sapin.

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