Prendre le temps de voir
Il y a un mot que j'aime employer avec précaution et pour lequel j’accorde une importance toute particulière : voir. On regarde beaucoup de choses, tous les jours. On les voit rarement.
Ces images sont nées ces dernières semaines, aux quatre coins des Vosges, dans ce tout début d'automne.
Ce que je voulais, ce n'était pas parcourir plus de terrain.C'était regarder plus longtemps, prendre le temps, pour de vrai, laisser l’esprit vagabonder…
Une ferme, à moitié effacée par les arbres. Une brume légère traversait la clairière. J'ai pensé à tout ce qui avait vécu là, autrefois. Les voix, les pas, le feu dans la cheminée, peut-être. Il ne reste qu'un silence peuplé des souvenirs du passé et la possibilité d’inventer les histoires qui nous plaisent.
Des feuilles de chêne, une image ordinaire en apparence. La lumière du soir venait se poser sur chaque nervure, une à une, comme pour les dessiner à nouveau. J'ai eu l'impression d'assister à quelque chose qu'on ne remarque jamais vraiment, faute de s'arrêter assez longtemps pour le voir.
Une droséra, à peine visible, couverte de ses propres gouttes, si discrète qu'on pourrait la prendre pour une simple feuille mouillée. Je me suis allongé dans l'herbe trempée pour la regarder de près. Un autre Monde que celui des Humains existe. Il “suffit” de s'y pencher.
Une branche de sapin, recouverte de mousse. J'y ai vu un géant tranquille, un témoin bien plus âgé que moi. Les forêts gardent une mémoire que nous avons perdue, témoins d’un autre temps, des dizaines ou même parfois des centaines d’années avant nous.
Une plume, sans grand mystère apparent. Et pourtant. Je me suis surpris à imaginer le vol qui l'avait précédée, la liberté d'un oiseau que je n'ai jamais vu.
Une tourbière, enfin, qui met des milliers d'années à se former, tranquillement, au rythme suffisant et nécessaire pour elle. La fraîcheur de ce début d'automne est idéale pour ça : elle laisse la brume naître et respirer entre les arbres, comme si elle avait tout son temps, elle aussi. Le soleil a fini par réchauffer l'eau, et la brume s'est levée, chaleureuse, presque vivante, au-dessus de la surface. Une belle leçon pour nous, humains, qui faisons la course à la vitesse et à l’immédiateté…
Deux autres images, prises ces mêmes semaines, n'ont pas trouvé leur place sur les réseaux mais que je partage ici uniquement avec celles et ceux qui ont eu le courage et la gentillesse de venir me lire. Une lumière qui perce des nuages de pluie et s'échappe vers un ciel bleu, presque mystique. Et cette brume qui vient caresser la cime des sapins, dans un calme absolu. Impossible de ne pas partager ces photos.
Je ne sais pas si ces images changent quoi que ce soit. Mais elles m'ont appris, une fois de plus, à quel point regarder et voir sont deux choses bien différentes.
Si tu prenais à ton tour le temps de voir, peut être découvrirais-tu, toi aussi, ce que tu n'aurais jamais remarqué autrement.
Si l'un de ces instants te parle, certaines de ces images existent en tirage d'art numéroté, tiré à trente exemplaires seulement. Tu peux les retrouver sur le site, cliquant juste en dessous.
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