Il y a des matins où l’on part avec une intention floue. Pas un lieu précis, pas un sujet arrêté. Juste l’envie de voir et de profiter de ces instants de calme en forêt.

Ce matin-là, j’ai suivi un chemin que je connais bien, dans les Vosges, là où les sapins laissent la place aux hêtres et où le sous-bois garde longtemps la fraîcheur de la nuit. J’avais prévu une heure. Je suis resté trois fois plus longtemps.

Ce qui m’a arrêté en premier, c’est la lumière sur les feuilles de hêtre. Ce vert tendre, presque translucide, qu’on ne voit qu’au printemps, quand les feuilles viennent juste de naître et que le soleil passe encore à travers elles sans résistance. Il y a un mot japonais pour désigner la lumière filtrée par les feuilles des arbres. Je ne m’en souviens jamais exactement. Mais ce matin, en levant les yeux, j’ai compris que le mot importait moins que la chose elle-même.

Je me suis allongé dans la mousse pour photographier une fougère naissante, encore enroulée sur elle-même, qui buvait le soleil à contre-jour. L’odeur de la mousse était agréable, la résine des sapins aussi. Ce genre de sensations qu’on pourrait oublier mais qui reviennent d’un coup quand on prend le temps…

Plus loin, une tourbière. Milieu rare, protégé, aux conditions de vie difficiles. Et pourtant, la couleur est là, discrète, des fleurs d’un rose un peu irréel qui contrastent avec les bruns et les verts sombres.

Et si nous parlions aussi un peu des orchidées sauvages . Elles poussent dans un coin discret que je retrouve chaque année avec quelque chose qui ressemble à du soulagement. Elles sont rares, protégées, et d’une beauté précieuse et incontestable. Leur violet vient tranquillement se poser sur le vert omniprésent du printemps vosgien, et c’est juste beau.

J’ai aussi photographié les brimbelles (myrtilles pour les moldus) naissantes et des brimbelliers minuscules, une simple branche et ses feuilles au-dessus de la rivière. Rien d’extraordinaire. Tout d’essentiel. Ce qui est certain c’est qu’a chaque fois, j’ai pris le temps de m’arrêter et de regarder, vraiment.

La série XXVI_017_ « Arrêter le temps » est née de ce matin-là. Ce n’est pas une série sur la forêt vosgiennes en tant que décor. C’est une série sur ce qui se passe quand on accepte de ralentir vraiment, d’observer ce qui naît, et de laisser le temps faire ce qu’il fait quand on arrête de le combattre.

Le monde ira vite demain. Aujourd’hui, j’ai choisi le contraire.

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A propos de Emmanuel

Auteur photographe. Vosgien, 100% pure souche de sapin.

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