Ce mois de mai, j’ai beaucoup marché, l’appareil en bandoulière, sans plan précis. Dans les Vosges, le printemps avance par à-coups. Un jour la lumière est grise, le lendemain tout se réveille. J’ai photographié un peu de tout, sans chercher à raconter une seule histoire. De grands espaces d’ailleurs qui s’étirent à perte de vue, et puis des détails que la nature ne montre qu’à ceux qui ralentissent.

Une fleur d’églantier de tout près, son coeur blanc et le reste qui disparaît. Une passerelle de métal suspendue au-dessus du vide, qui mène vers la forêt. Un papillon jaune posé deux secondes sur une jeune fougère, le temps d’une respiration. Quelques gouttes d’eau sur un pétale de coquelicot, dans une lumière douce. Un sentier qui file entre les sapins, vers la brume, vers un ailleurs plus calme. Une vieille ferme vosgienne accrochée au flanc de la montagne, gardienne d’une vie d’antan. Et une fougère protégée, la blechne après l’hiver, enroulée sur elle-même, prête à vivre sans rien demander.

En assemblant ces images, une idée m’est venue, un peu différente de mes séries habituelles. D’habitude je vous raconte le moment, le froid, l’attente. Cette fois, j’avais envie de vous laisser la place.

Voici donc ce que je vous propose. Regardez les photos, tranquillement, une à une. Et arrêtez-vous sur celle qui vous attrape, sans forcément savoir pourquoi. Celle qui vous fait quelque chose, là, dans le ventre ou ailleurs.

Puis fermez les yeux. Imaginez que vous y êtes vraiment. La température de l’air sur la peau, le vent peut-être, une odeur de terre ou de résine, les bruits de la nature autour. Restez-y un instant, juste pour voir ce qui remonte.

C’est une drôle de demande pour un photographe, je sais. On passe son temps à montrer, à donner à voir. Et là, je vous demande presque l’inverse. De fermer les yeux et de ressentir. Mais c’est exactement ça qui m’intéresse aujourd’hui. Pas ce que mes photos montrent, mais ce qu’elles déclenchent chez vous.

J’aimerais beaucoup lire vos ressentis. Ce que telle photo réveille, le souvenir qu’elle fait remonter, la sensation qu’elle laisse. Il n’y a pas de bonne réponse. Juste la vôtre, et c’est elle qui m’intéresse.

Si l’une de ces images vous accompagne plus longtemps que les autres, sachez qu’elle peut exister en tirage d’art, en édition limitée et numérotée. Mais avant tout, prenez le temps de la regarder. Et de fermer les yeux.

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A propos de Emmanuel

Auteur photographe. Vosgien, 100% pure souche de sapin.

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