Matins sereins et brumes des Vosges
Je choisis chaque semaine mes photos au ressenti. Comme je les prends, au fond. Rien de calculé, rien de pensé à l'avance. Je regarde, et quelque chose se pose en moi, ou ne se pose pas. Cette semaine, les images étaient là. Le titre, lui, ne venait pas.
Alors je les ai regardées encore. Une à une. Et le souvenir est revenu. À chaque fois, c'était le matin. Toujours le matin. Cette heure fraîche où la forêt sort à peine du sommeil, où le sol garde encore l'humidité de la nuit, où la brume caresse la forêt avant de s'envoler.
J'ai cherché à poser des mots sur ce que je ressentais ces matins-là. J'ai réduit la liste, retiré, gardé. Il m'est resté deux choses : la fraîcheur et la sérénité.
J'avais mon titre, enfin je crois. Mais l'envie m'a pris de relire la définition de serein dans le dictionnaire. Pur et calme, pour le ciel. Et ce calme qui vient de la paix intérieure. Les deux me parlaient. Les deux, c'est exactement ce que j'ai vécu là-bas, dans le frais de ces forêts des Vosges, au réveil.
Il y a une digitale, droite et nette au milieu des marguerites floues, qui se partagent toutes la même petite clairière. Un peu plus loin dans la semaine, une prairie posée sous la rosée, juste avant que le soleil ne vienne effleurer les fleurs par milliers. Un autre matin, une montagne, au loin, derrière les branches, et sa brume qui s'élève timidement du sommet des sapins, comme un souffle. Le sol qui se réchauffe doucement, et cette légère vapeur qui monte.
Puis le minuscule. Une goutte accrochée à un brin d'herbe. On y lit, je trouve, le reflet de toute l'immensité autour. Il faut (presque) retenir sa respiration pour la photographier, celle-là.
Un sentier, aussi, qui se faufile entre les sapins et les brimbelliers. Je sais où il mène, mais jamais ce que je vais y découvrir : un oiseau, une biche, une nouvelle fleur… C'est peut-être ça que j'aime.
Et puis des marguerites qui sortent du flou de l'herbe, un autre matin, comme si elles volaient, libres. Une lumière douce, le chant des oiseaux pour seule compagnie.
Et ce matin où un rayon a fini par percer entre les arbres, pour se poser sur une jeune fougère qui se déroulait à peine. Naître, grandir, s'épanouir. Une allégorie de la Vie, je trouve. C'est resté son nom.
Tout cela, je l'ai admiré dans le silence. Ces forêts me donnent beaucoup. Le calme. La fraîcheur du petit matin. Cette paix qu'on ne trouve plus si facilement ailleurs. Alors prenons-en soin. Préservons-les. Elles comptent, vraiment, tellement.
Ce matin, je voulais surtout partager le souvenir de ces matins magiques.
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