Au fil des images

Quelques instants de printemps

Quelques instants de printemps

Ce printemps, je n'ai pas couru après les grands paysages.
J'ai regardé plus près, presque sous mes pieds.
 
Une marguerite ouverte jusqu'au dernier pétale. Le mauve d'une fleur que je ne sais toujours pas nommer, prise à travers le flou de ses voisines, comme à travers un voile. Une fougère découpée par le soleil. Ce sont des choses devant lesquelles on passe sans s'arrêter. Moi le premier, certains matins pressés.
 
Cette fois, j'ai eu envie de m'arrêter.
De me poser.
De donner une place à ce que personne ne remarque vraiment.
 

Le printemps arrive par petites touches. Un vert tendre qui revient sur les sapins. Une lumière qui se fait plus longue le soir, plus douce au petit matin. Et toute une vie qui reprend, tranquille.

Il y a ces deux vaches dans un pré, devant un étang, les montagnes posées au loin. Elles sont là, c'est tout. Et c'est exactement ce qui m'a apaisé en les regardant. Un peu plus loin, sur une colline, la silhouette d'un cheval s'est dessinée contre un ciel chargé. Il marchait à son rythme, vers un but que lui seul connaissait, ou peut être pas. J'ai pensé que c'était une bonne façon de traverser ses journées.

Devant la marguerite, je me suis surpris à sourire. On connaît tous le petit jeu, un peu, beaucoup, à la folie, etc. Je l'ai juste photographiée entière, tous ses pétales en place, comme pour tout laisser encore possible.

Les fleurs, elles, demandent qu'on s'agenouille. La nigelle de Damas, avec ses pétales fins comme du papier, qu'un rayon est venu caresser pendant quelques secondes seulement. Il fallait être là à ce moment précis. J'y étais, par chance. La fougère, c'est autre chose. Vue de dessous, à contre-jour, elle devient presque un dessin. Le vert disparaît, il ne reste que la lumière et les nervures.
Et puis la forêt. Une forêt de sapins traversée par une lumière calme, avec au sol un tapis de brimbelles et de jeunes pousses. Le genre d'endroit où l'on baisse la voix sans savoir pourquoi.
Je crois que c'est ça que je voulais garder de ce printemps. Pas une saison spectaculaire. Plutôt une série d'instants suspendus, de petites choses paisibles qu'on oublie de regarder.
 
Quelques instants, vraiment. Le temps d'une photo, le temps d'un souffle.
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Les Carnets de brumes

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