Regarder ailleurs et autrement
Il y a quelques jours, une éclipse solaire est passée au-dessus des Vosges. Je l'ai regardée, moi aussi, avec ces yeux émerveillés qu'on a tous, ce jour-là. Mais je n’ai pas oublié de regarder ailleurs.
Autour de moi, autour de cet instant, la Nature n’a jamais cessé d’exister, d’émerveiller. Les fougères recevaient cette Lumière filtrée, particulière, un flou né du soleil qui se cachait derrière la lune. Pendant que la plupart des regards restaient figés vers le Ciel, ou vers un écran tendu pour capturer l'instant, j'ai préféré les détails. Une fougère. Une Lumière de insolite. Un silence. C'est souvent là, dans ce qu'on ne regarde pas, que quelque chose se passe vraiment.
Je trouve que le monde actuel ne s'ennuie plus assez. Le bon ennui, celui qui laisse le cerveau vagabonder, imaginer, créer, se fait rare. Tout le monde veut être occupé, aller toujours plus vite, avoir et faire toujours plus, immédiatement. Tout le monde regarde au même endroit, au même moment, avec le même regard influencé par les réseaux sociaux, le lissage pour “plaire au plus grand nombre”. Moi, j'aime regarder ailleurs, observer autrement, imaginer un Univers pour chacune de mes photos. C'est comme ça que je me promène, et c'est comme ça que j'aime partager ce que je vois.
Cet été, j'ai continué comme ça. Des gouttes de pluie posées sur ma fenêtre de cuisine. Deux noisettes cachées sous des feuilles, que le soleil venait caresser en toute discrétion, comme si bien grandir nécessitait d'abord d'être à l'abri du regard. Rien de spectaculaire, et c'est peut-être pour ça que j'aime autant.
Une Forêt de sapins, aussi, après la pluie. L'odeur de l'humus, la Brume qui s'élève doucement du sol. Cette même Forêt, à flanc de montagne, que j'ai fini par voir comme une texture presque minérale. Les Vosges sont de vieilles montagnes. Elles portent des histoires, des légendes, une Nature qui mérite d'être préservée plutôt que simplement traversée et consommée, et je trouve important de le rappeler.
Et une nuit, au pic des Perséides, le Ciel étoilé, la Voie lactée, et cet arbre que j'aime tant, dont l'ombre se découpait sur cette immensité. Regarder les étoiles filantes, oui. Mais regarder aussi ce qui les entoure, cet arbre resté debout pendant que le Ciel filait au-dessus de lui, ça émerveille tout autant. Voir autrement, c'est accepter d'en manquer quelques-unes pour ne pas passer à côté du reste.
Cette série s'appelle Regarder ailleurs et autrement. Elle rassemble une éclipse qu'on n'a pas photographiée de face, une Forêt qu'on a respirée plus qu'on ne l'a cadrée, un Ciel qu'on a choisi de partager avec un arbre plutôt qu'avec lui seul. J'avais envie de rassembler ces images qui disent, chacune à sa façon, qu'il existe toujours un ailleurs à regarder, juste à côté de ce que tout le monde fixe déjà.
Si l'un de ces instants te parle, certaines de ces images existent en tirage d'art numéroté, tiré à trente exemplaires seulement. Tu peux les retrouver sur le site, cliquant juste en dessous.
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